[2011] FIBD – Rencontre avec Riyoko Ikeda

Désolé pour l’attente, j’ai été très occupé tout ce dernier mois entre une deadline pour un projet de traduction et un évènement personnel. Voila Voila. Ensuite, j’ai enfin retrouvé le billet qui me tenait le plus à coeur, publié sur mon ancien blog. J’ai décidé de le reposter ici en dégageant plein de passages, et en revoyant certaines phrases sans apporter trop de modif’ pour autant. Le billet est un peu long, mais j’espère que ça plaira !

Avant de parler de cette rencontre, il convient de se demander qui est cette femme complètement folle amoureuse de notre pays.

Riyoko Ikeda est né le 18 décembre 1947 à Ōsaka. Néanmoins, elle a grandi à Kashiwa, une ville située au nord-ouest de la préfecture de Chiba. Elle est mangaka, gekigaka, et chanteuse. J’en entends qui rognent un peu au fond, …gekigaka… blablabla… c’est comme du manga… blablabla… Bien, le gekiga n’est pas un style de manga, mais il est à l’instar du manga, un style de bande dessinée japonaise que l’on pourrait traduire par « images dramatiques ». Oui mais, le kanji 劇 (GEKI) signifie aussi le jeu de mise en scène, le théâtre, et reflète également le découpage cinématographique. C’est pourquoi on peut dire que la plupart des auteurs de gekiga ont été influencés par Osamu Tezuka sur ce dernier point, comme par exemple Yoshihiro Tatsumi et Takao Saito  (dont je vous conseille de lire Survivant) entre autres, tout en produisant des histoires beaucoup plus sombres, plus adultes.

Riyoko Ikeda fait ses études au lycée Hakuo à Tokyo, puis entre à l’université des sciences de l’éducation dans la même ville. Elle est une très bonne élève, mais malheureusement son père à des soucis financiers et ne peut plus l’envoyer à l’université. C’est pour subvenir à ses besoins qu’elle commence à dessiner des manga. Elle fait ainsi appel à une maison d’édition mais son style de dessin souligne son inexpérience, et décide alors de commencer à écrire des « kashi-hon », littéralement des livres à louer. À cette époque, le paiement pour un manuscrit n’était qu’une bouché de pain.

Source : 8 2 pixiv

Ce n’est qu’après 2 ou 3 ans qu’elle se fait remarquer par un éditeur. Elle réalise ses débuts en tant que mangaka en 1967 avec Bara Yashiki no Shôjo (Les Filles de La Pension des Roses). En 1972, elle publie son plus gros hit : Versaille no Bara (La Rose de Versailles) dans le magazine de prépublication pour jeune fille : Shôjo Margaret. Elle continue de publier tout en étudiant le dessin à l’huile et d’autres façons de dessiner des croquis. À partir de 1975, elle publie Orpheus no Mado (La Fenêtre d’Orpheus) et remporte pour ce manga le prix d’excellence à la 9ème édition du Japan Cartoonists Association Award, en 1980. En 1987, elle publie une autre œuvre, Eroika Eikô no Napoleon (La Gloire de Napoléon), qui sera l’une des causes de sa décoration de l’Ordre National de la Légion d’Honneur en 2008, avec La Rose de Versailles bien entendu.

À l’âge de 40 ans qu’elle prend conscience de la courte durée d’une vie humaine, et ce après 5 années de réflexion, elle décide de passer un examen dans une école de musique. En 1995, elle entre à l’Ecole de Musique de Tokyo, dont elle en ressortira diplômée en 1999. Depuis lors, elle donne des concerts et des conférences. En 2005 et pour la première fois au monde, elle chante 9 des 12 chansons écrites et composées par Marie-Antoinette, et en sort un album. La même année, elle commence la publication de BeruBara Kids, dans un format 4-koma (manga humoristique en 4 cases) dans l’édition du samedi du journal Asahi Shinbun.

Source : 8 2 pixiv

Si Riyoko Ikeda était présente lors du Festival de la BD, ce n’était pas uniquement pour soutenir ses œuvres, mais aussi pour nous faire comprendre le ressenti de ce chemin durement parcouru pour la liberté de la femme japonaise dans le milieu de l’entreprise. Depuis l’époque Edo, les femmes japonaises se sont vues retirer tout leur prestige d’antan pour la seule gloire de l’armée. Et il faut attendre la restauration du pouvoir impérial, soit l’ère Meiji en 1868, pour qu’apparaissent les premiers mouvement féministes, mais il n’y a guère plus d’écoute… Il en a été de même depuis que le droit de vote leur est attribué en 1945. Dans l’esprit des japonais, la femme ne doit pas travailler, elle s’occupe des enfants à la maison, des dépenses quotidiennes pour nourrir la famille… Il y a un moment où il faut savoir dire STOP !

Riyoko Ikeda est ce genre de femme : une battante ! Bien que sa première demande chez un éditeur fut refusée, elle continua sans relâche, en gravant les échelons un à un pour obtenir ce prestige dont elle peut désormais être fière. Si aux premiers abords La Rose de Versailles semble être un manga sur les aventures d’Oscar, Marie-Antoinette et André dans un décors de pré-révolution française, sachez qu’il s’agit en même temps un parallèle sur le statut de la femme japonaise. Je m’explique mieux. Oscar, une jeune femme habillée en homme qui s’engage dans l’armée. Marie-Antoinette, une bourgeoise qui se marie à un homme qu’elle n’aime pas et a qui elle devra fournir des héritiers. Marie-Antoinette est la représentation de la femme japonaise, car en effet, dans le Japon des années 60-70, le mariage n’existait que comme gage de sécurité. Je suis assez catégorique dans mes propos, bien entendu, il existait des mariages où les deux êtres s’aimaient de manière réciproque, disons qu’il s’agit d’un jugement global de la société féminine de cette époque. Quand à Oscar, elle était la facette de ces femmes qui se battent, tout comme Riyoko Ikeda. Elle, qui à l’origine ne savait que peu de chose de l’histoire de la France, elle passa des heures et des heures à étudier des informations données par des historiens. Bien sûr, elle ne pouvait pas tout garder, mais souhaitait réussir à transmettre aux jeunes filles ce qu’était l’histoire de la France et la situation économique de l’époque. Le but n’était pas de faire un manga avec une histoire d’une banalité sans pareille, mais une œuvre lue génération après génération. Ikeda n’était pas la seule à vouloir se battre à cette époque. Avec elle se tenait « Le groupe de l’an 24 », un grand cercle de jeunes femmes mangaka avec en son sein des figures du manga pour filles, telle Moto Hagio (avec qui elle s’entendait le plus), Keiko Takemiya et Yumiko Ôshima. Elles ont fait du manga pour filles non plus un genre uniquement dessiné par les hommes, mais par les femmes, et pour des petites filles. On peut dire qu’elles ont réussis !

Source : ebookjapan.jp

Les propos de la rencontre sont également disponibles sur le site du festival (Notes 2017 : La page n’existe plus…), cependant il manque quand même quelques informations.

Tout d’abord concernant l’adaptation animée de La Rose de Versailles. Elle ne l’a jamais vue. Ensuite, l’adaptation en film de Jacques Demy a eu un énorme succès au Japon, et même dans toute l’Asie, allant jusqu’à influencer le dessin animé. Cependant, elle est au courant qu’une scène a été censurée, une scène qui pourtant lui semble indispensable aussi bien dans le manga que dans son adaptation animé. Elle savait que son manga, Versaille no Bara, porterait ce titre depuis qu’elle a lu le roman de l’auteur autrichien Stefan Zweig. Elle dit aussi que c’est à partir des années 70 que les femmes ont commencées à bouger, leur posture à cette époque s’avérait symbolique. Elles ne se mariaient pas (c’était très mal vu pour une femme de ne pas être marié à 25 ans), et elles construisaient leur carrière. La société de cette époque était une société d’homme, et Riyoko Ikeda gagnait un salaire parfois plus important que celui d’un homme. À l’achat de sa maison, elle recevait des coups de téléphones menaçant de plusieurs hommes, déclarant ne pas comprendre qu’une telle chose soit possible. Concernant son Napoléon, elle dit qu’il la fascinait malgré ses préjugés sur les femmes. C’est même le personnage dans son entier qui la fascine. À chaque fois qu’elle vient en France, elle visite tout les lieux où Napoléon s’était entrainé, aux Invalides. En ouvrant un carte de Paris, elle a même remarqué qu’au centre de la ville était enterré Napoléon, et que les noms des routes portaient les noms des anciens généraux de la Garde impériale. Elle souligne alors que Napoléon et sa Garde continue de protéger la capitale.

Ensuite arrive les questions du public, limitées à trois. La première a été posée par Mariko, concernant la ressemblance entre les personnages de différents mangas de Riyoko Ikeda. N’hésitez pas à aller sur son site pour en lire la réponse. La deuxième question était assez… même très con je trouve, la personne a en fait demandé un détail très précis en rapport avec un épisode (le 42), alors qu’avant cela, elle avait clairement dit ne pas avoir vu le dessin animé… La troisième et dernière question revient à Hatim (maintenant il est plus connu sous le pseudo Ermite Moderne sur YouTube). Elle concernait le risque de censure de La Rose de Versailles à cause à la loi voté récemment au Japon, répondant que l’actuel gouverneur de Tokyo pense que le manga devrait être interdit pour atteinte à la liberté d’expression… (ou plutôt à cause de l’intérêt que porte les jeunes sur la pornographie infantile dans la BD…). Elle répond : « Il faudra se battre, et même si Lady Oscar est interdit, j’en serais honorée et aurait réussi à poser une question au monde en luttant contre les préjugés. »

Une sources à lire : http://www.alyon.org/generale/[…] mode_de_vie/condition_femme.html.

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