Manga

[2011] FIBD – Rencontre avec Riyoko Ikeda

Désolé pour l’attente, j’ai été très occupé tout ce dernier mois entre une deadline pour un projet de traduction et un évènement personnel. Voila Voila. Ensuite, j’ai enfin retrouvé le billet qui me tenait le plus à coeur, publié sur mon ancien blog. J’ai décidé de le reposter ici en dégageant plein de passages, et en revoyant certaines phrases sans apporter trop de modif’ pour autant. Le billet est un peu long, mais j’espère que ça plaira !

Avant de parler de cette rencontre, il convient de se demander qui est cette femme complètement folle amoureuse de notre pays.

(suite…)

Au Chibi Maruko-chan Café d’Odaiba

Dis, c’est quoi Maruko-chan ?

Elle est l’idole des écolières et des collégiennes japonaises depuis le milieu des années 1980 grâce au manga de Momoko Sakura, et dont la popularité n’a fait que s’élever avec son adaptation animée entamée en 1990. Elle est désormais l’une de ces nombreuses figures emblématiques de la culture populaire appréciées par les familles au même titre que Doraemon, Shin-chan et Atashin’chi. Chaque petite histoire met en scène la gamine dans une des facettes de son quotidien, avec sa famille, ses amies, sa joie de vivre et ses détresses, à l’école ou en amour. C’est rigolo à suivre et pas casse-tête pour un sou tant qu’on ne s’attarde pas trop dans les détails ou au chara-design.

Mais je n’en dis pas plus. Le but de ce billet et de te proposer une galerie de photos consacrée au Chibi Maruko-chan Café d’Odaiba. Plus précisément, l’établissement se trouve au rez-de-chaussée du building de Fuji TV. Je dois avouer que je me serais plutôt tourné vers un café Shin-chan ou Doraemon, mais la jeune femme qui m’accompagnait ce jour-là avait grandit avec Maruko, et il ne lui était pas possible de passer à côté. Cela lui a ravivé de bons souvenirs, si bien que j’ai voulu m’y intéresser à mon tour, d’autant plus qu’un écran diffusait les génériques et que j’y ai reconnu… Masaaki Yuasa ! (Forcément !) J’ai mis quelques génériques qu’il a animé en bas du billet.

Donc voila, comme je t’ai pas mal bassiné la tête avec Masaaki Yuasa lors de mes deux précédents articles, laisse-moi en rajouter encore plus avec des génériques de la série sur lesquels il a participé.

Tout d’abord l’opening de la première série de 1990 : Yume ippai ♪

Puis le premier ending. Ce dernier comprend d’ailleurs la chanson la plus fun et la plus populaire : Odoru ponpokorin ♪

Enfin, le premier générique de la deuxième série, celui qui me semble le plus proche de son style actuel : Ureshii yokan ♪

Studio Zero : Les mangakas du Tokiwa-sô

Fondé en 1963 par les résidents mangakas du Tokiwa-sô, Studio Zero est une société de production d’animation dirigée par Shin’ichi Suzuki. C’est en étroite collaboration avec les studios Tôkyô Movie, Mushi Production et Tôei Dôga, que les séries Perman et Sabu to Ichi Torimono Hikae virent le jour. Malgré une époque florissante en matière d’élaboration des techniques d’animation, notamment orchestrée par Osamu Tezuka, Studio Zero fut dissous en 1971. Elle n’est désormais qu’une petite entreprise où Suzuki continue de s’occuper des droits des anciennes productions, ainsi que des travaux publicitaires et indépendants.

Studio Zero

Suicide Club Inc.

Tokiwa-sô

Ce bâtiment de bois construit sur deux étages était situé dans l’arrondissement de Toshima à Tôkyô. Il était l’un des rare bâtiment à tenir debout après les bombardements de la seconde guerre. Composé d’une dizaine de chambres de 4 tatamis et demi, le Tokiwa-sô est connu pour ses nombreux mangakas qui y ont résidé entre le milieu des années 1950 et le début des années 1960. Parmi lesquels, Osamu Tezuka, Shôtarô Ishinomori (1956 à 1961), Fujio Akatsuka (1954 à 1961), Fujiko Fujio (1954 à 1961), Jirô Tsunoda, Hirô Terada (1953 à 1957), Shin’ichi Suzuki (1955 à 1956), Naoya Moriyasu (1956 à 1957), Hideko Mizuno et Takuo Yokota (1958 à 1961). Il été aussi appelé Manga-sô pour cette raison.

Quand Tezuka a déménagé à Tôkyô en 1952, il résidait au 2e étage d’une épicerie située dans le quartier de Yotsuya. Le propriétaire de l’épicerie a fini par se plaindre car l’éditeur venait jour et nuit. C’est pourquoi Tezuka a été invité à rejoindre le Tokiwa-sô par Hiroyasu Katô, second fils de Ken’ichi Katô, éditeur en chef du magazine Manga Shônen.

Tezuka a commencé à y vivre en 1953. Puis Hirô Terada le rejoint le 31 décembre de la même année, il avait 22 ans. Terada a fait ses débuts un mois plus tôt avec le manga Chakkari-kun, publié dans le magazine Manga Shônen. Terada se charge ensuite du courrier des lecteurs du magazine. Il deviendra populaire avec Sebangô 0 et Sportsman Kintarô, des mangas de baseball.

En octobre 1954, Tezuka déménage dans un nouvel appartement à Zôshigaya. Arrive ensuite Motô Abiko et Hiroshi Fujimoto, le duo d’auteurs connus sous le nom de Fujiko Fujio. Ils se connaissent depuis la dernière année d’école primaire. Depuis lors, ils dessinent du manga ensemble, ils sont montés à Tôkyô et vivent ensemble. Avec Terada, ils invitent de nombreux auteurs à venir les rejoindre, par le biais du courrier des lecteurs.

On pouvait parler librement des mangas au Tokiwa-sô, s’échanger des informations et faire des recherches. Parmi eux se trouvait Jirô Tsunoda, bien qu’il vivait à Nishi-shinjuku. Sous la tutelle du mangaka pour enfants Keizô Shimada (celui-là même qui a dit à Tezuka que si un manga comme Shin Takarajima devenait populaire, alors le manga serait une hérésie), son premier manga, Shin Momotarô, est publié en mars 1955. Tsunoda avait 19 ans. Comme il était très ami avec les Fujiko, il allait chaque jour au Tokiwa-sô. L’année suivante, il dessine Karate Baka Ichidai, un manga biographique sur le karateka Ôyama Masutatsu. L’histoire est d’Ikki Kajiwara, scénariste d’Ashita no Joe et de Tiger Mask. Il dessine ensuite quelques mangas avec des fantômes, tels Kyôfu Shinbun (Le journal de l’angoisse) et Ushiro no Hyakutarô.

Sous l’égide de Terada, les jeunes auteurs se réunissent et fondent le Parti des Mangas Modernes. La cotisation mensuelle était de 100 yens. Ils publiaient chaque mois dans Manga Shônen. Lorsqu’un auteur déménageait, Terada et les Fujiko le faisait savoir dans le courrier des lecteurs. Isuke Nakamura a fait venir Shin’ichi Suzuki de Nagasaki. Il a reçu un appel de Terada et a emménagé au Tokiwa-sô en février 1955. Suzuki est né en 1933, il est de la même génération que Fujiko. Durant la journée, il travaillait dans une entreprise de design, et passait ses soirées à dessiner du manga. Sa première publication était Ijiwaru Monyoshi, en septembre 1955.

À la surprise générale, Shôtarô Ishinomori publie Ni-kyû Tenshi alors qu’il n’est encore qu’en deuxième année de lycée. Il monte à Tôkyô en février 1956 après avoir obtenu son diplôme, puis emménage au Tokiwa-sô en mai. Plus tard il publie Cyborg 009 et lance le boom du henshin (transmutation) avec Kamen Rider.

À partir de là, les membres du Parti se multiplient, et on voit apparaître la seconde génération de mangakas du Tokiwa-sô. Parmi lesquels, Hirô Terada, Fujiko Fujio, Suzuki Shin’ichi, Shôtarô Ishinomori, Jiro Tsunoda, Shunji Sonoyama et Fujio Akatsuka.

Akatsuka vient de Niigata. Il rencontre Ishinomori quand ce dernier a donné une session d’autographe pour son dôjinshi Bokujû Itteki (Une goûte d’encre de Chine) quand il était au lycée. Akatsuka travaillait dans une centrale à Edogawa. Il dessinait du manga sur son temps libre quand il a emménagé à Tôkyô. Il a envoyé un manuscrit à Manga Shônen et s’est vu publier son histoire courte Kotsuzumi Toringo dans l’édition spéciale Été du magazine. Plus tard, il enflamme le Japon avec Himitsu no Akko-chan et le gag manga Tensai Bakabon.

Isuke Nakamura disait à Suzuki qu’il pouvait lui présenter Ryôichi Yokoyama si il était intéressé par l’animation. Il a alors passé un entretien au studio Otogi Pro. Yokoyama a fondé ce studio dans sa propre demeure à Kamakura. Afin de produire de l’animation, il a commencé à monter une équipe. C’est pourquoi Suzuki a déménagé à Kamakura en mai 1956. Par ailleurs, à cette époque on disait manga eiga (film manga) et non anime.

Tout le monde allait voir des films, parlait d’avenir et de leurs tracas, ils s’entraidaient quand il y avait beaucoup de travail. Le Tokiwa-sô était comme un dortoir pour jeunes apprentis mangakas. Il y avait de plus en plus de projets. Terada était très occupé suite au succès du manga Sebangô 0, alors il emménage en juin 1957. La jeune Hideko Mizuno séjourne au Tokiwa-sô de mars à octobre 1958 pour travailler en collaboration avec Ishinomori et Akatsuka. Akatsuka publie Osomatsu-kun dans le magazine Shônen Sunday, là encore un gros succès. Comme il fallait engager plus de personnels, beaucoup d’entre eux déménagèrent dans un appartement plus grand, au Shiun-sô. C’était le 8 juillet 1960. En octobre 1961, Fujiko Fujio achètent une maison à Ikuta dans la ville de Kawasaki. Il y avait de moins en moins de monde au Tokiwa-sô. Ce sera au tour d’Ishinomori en décembre 1961. Le Tokiwa-sô était délabré et commençait à tomber en morceaux, il est finalement démoli en 1982.


Source

Ikuya Kômori, Shin’ichi Suzuki, Zero no shôzô – Tokiwa-sô kara umareta anime kaisha no monogatari ゼロの肖像 「トキワ荘」から生まれたアニメ会社の物語 [Le portrait des Zéros : Chroniques d’un studio d’animation issue du Tokiwa-sô], Kôdansha, 2012, 190p.

Dragon Jam, basket 2 rue

J’ai découvert récemment le manga Dragon Jam d’Itsunari Fujii. On avait déjà le basket classique avec Slam Dunk, l’handibasket avec Real, cette fois, le streetball et son ambiance hip-hop est à l’honneur.

Dragon Jam 11

Tatsuya n’est encore qu’un jeune gamin plein d’avenir, avant de tout foutre en l’air en refusant d’aller au lycée. Mais ce n’est pas grave, il veut jouer au basket parce que c’est cool. Il dévorerait le ballon si c’était possible. Un an plus tard, il lance des défis de streetball en pariant de l’argent. Lui et deux de ses potes, Taizô et une nana appelée Ako, passent d’abord pour des amateurs avant de forcer à parier plus gros et d’en ramasser le pactole. Mais voila qu’un groupe de 4 jeunes débarque du lycée voisin pour taper quelques paniers, avant qu’un ahuri n’ouvre sa grande gueule en misant gros. Or, l’un des gars s’avère être un ancien adversaire rencontré lors d’un tournoi de basket quand Tatsuya était en primaire. À partir de là, on commence à en apprendre un peu plus sur Tatsuya. D’où vient sa maitrise du ballon, et pourquoi il a décidé d’arrêter l’école. Le match commence. Malgré un bon départ, le jeu en solo de Tatsuya ne peut rien contre l’expérience en équipe de l’autre groupe. En 5 minutes, ils perdent tout l’argent gagné en un été.

Je n’en suis encore qu’au début, mais rien que pour les dessins, il me fallait en dire 2-3 mots. Tout d’abord, les couvertures. Elles sont classes. Un titre en graffiti collant parfaitement à l’ambiance de rue, et un fond coloré qui s’étale sur toute la couv’, qui fait ressortir le reste. Ce fond me rappelle les couvertures françaises de Moonlight Act. Avec ça, il ne restait qu’à découvrir le contenu.

Par la suite, Tatsuya et ses potes rencontrent trois joueurs américains de streetball. Ils vont leur apprendre à jouer en équipe tout en s’imposant avec un style propre à chacun, comme en NBA avec un mélange subtil de techniques cools et de manoeuvres sérieuses. Mais ici, l’auto-arbitrage laisse peu de place aux règles officielles. Ainsi Tatsuya découvre dans quel milieu son père a grandi, où la nuit s’éveille et embrasse un basket hors-la-loi sous les cris abrutissants des fans.

Les scènes de match sont soignées, avec un coup de crayon très vif, forcé, parfois comme des gribouillis, qui me rappellent ces quelques moments de rage dans Say Hello to Black Jack de Shûhô Satô. Fujii était son assistant, on pouvait déjà le deviner à la forme du visage du héros. Cependant Fujii n’amène pas uniquement ce trait pour renforcer le sentiment de rage, il s’en sert pour y apporter de la pression, de la vitesse, et un sentiment de grandeur. Et ça marche foutrement bien. Les images rémanentes sont lisibles, et jusque là je n’ai pas vu de temps morts ou de coupure flashback en plein milieu d’une action. Ces dernieres apparaissant entre deux actions bien distinctes, ce qui rend la lecture agréable.

Dragon Jam a d’abord été publié dans Gekkan Spirits depuis 2010, l’édition mensuel du Big Comics Spirits, puis transféré dans ce dernier depuis 2011 avec une publication hebdomadaire, et toujours en cours. Il compte désormais 12 tomes.

Conférence sur les mangaka d’Ômuta

Le 21 février dernier, je suis allé à une conférence sur le développement du manga dans la ville d’Ômuta. Ômuta est une petite ville située à l’ouest du Japon, dans la région de Kyûshû. À cette occasion, plusieurs chercheurs étaient présent. Tout d’abord le conférencier, Seiichi Harada, qui avait apporté avec lui sa collection de manga, dôjinshi (magazine amateur) et des cartes postales dessinées par les mangaka d’Ômuta. Hiroshi Hashimoto, directeur du musée du manga de Kumamoto et professeur d’histoire du manga à l’université Sôjô. Fusami Ogi, professeur d’anglais à l’université de Chikushi Jogakuen qui participe au mouvement des mangas pour femme. Tomoyuki Omote, qui travaille au musée du manga de la ville de Kitakyûshû. Nous étions environ 15 en comptant aussi les étudiants écrivant un mémoire sur le sujet.

Seiichi Harada

Concernant la conférence, Harada a mentionné quelques 22 auteurs originaires de la ville. La plus célèbre chez nous étant Moto Hagio (Le Cœur de Thomas). Il expliquait en détail les relations entre Moto Hagio, Chiyoko Harada (qui est la fille du cousin du conférencier) et Yôji Fukuyama. Ils ont commencé à publier entre 1969 et 1970. Grâce à Moto Hagio et au Groupe de l’an 24 (cercle réunissant Riyoko Ikeda et Keiko Takemiya, entre autres), le shôjo manga moderne se développe. Plus tard on découvre des dôjinshi qu’ils ont dessiné à l’université. Tels LOT, BOMB et Enogu BAKO, ce dernier est spécialisé dans la caricature. Harada fait surtout un tour d’horizon des auteurs. C’était assez confus et j’y reviendrai en les présentant dans des petits billets.

Hormis les auteurs, l’explication du développement du manga à Ômuta était pas mal. Tout d’abord, le nombre d’auteurs ayant publié dans des grands magazines de prépublication est le plus élevé par rapport au reste de la région. Suite au succès de Moto Hagio, de nombreux jeunes dessinateurs souhaitaient faire comme elle. Et l’impact a été plus important à Ômuta. Dans les années 1970, le manga s’y est développé bien plus qu’ailleurs, avec l’ouverture d’un grand nombre de librairies d’occasion. La concurrence était rude et cela influait sur l’économie. Ce phénomène a forcé les jeunes dessinateurs à entrer en compétition. Comme le nombre de magazine de prépublication est limité, et le nombre de dessinateurs étant élevé, chacun comparait son travail avec les autres. Cela les forçait à améliorer leur style, leurs techniques et la mise en page.

En plus de Moto Hagio, quelques uns des ces dessinateurs sont un peu reconnus en France. Par exemple, Tetsuya Saruwatari avec TOUGH, Aki Shimizu avec L’escadrille des nuages, Suikoden III et Le coffre aux esprits, Yôji Fukuyama avec Le jour du loup et Voyage à Uroshima.

Comme je reçois chaque jour des nouvelles informations sur les mangaka de la région de Kyûshû, je pensais les présenter avec des photos de leurs premiers travaux. Ce sera très court, mais j’espère pouvoir fournir 2 ou 3 infos intéressantes à leur sujet.