isao takahata

Masashi Andô, l’animateur cinéphile, de Ghibli à CoMix Wave

En bref, le garçon a fait ses premières armes au studio Ghibli en 1991 en travaillant comme intervalliste sur Souvenirs goutte à goutte d’Isao Takahata. Il ne lui faudra que 4 ans pour figurer au poste de chara-designer et de directeur de l’animation pour le court métrage On your mark, avant de poursuivre sur Princesse Mononoké et Le voyage de Chihiro, pour ne citer qu’eux. Il devient ensuite indépendant, et se voit assigné aux même tâches sur Paprika de Satoshi Kon, ce grand rêveur. Et on peut encore ajouter sa direction de l’animation sur Tôkyô Godfathers (toujours le rêveur), Lettre à Momo d’Hiroyuki Okiura, avant d’atterir au studio CoMix Wave en participant au tout récent Your name de Makoto Shinkai, entre autres. Oui, bref, Andô est une pointure de l’animation japonaise, et aujourd’hui je me permets d’en accorder quelques mots à travers sa passion pour le cinéma, jusqu’à son arrivée au studio Ghibli.

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Môretsu Atarô et les studios de sous-traitance

Dans mon article sur la production de l’animation, je parlais d’entreprises étrangères qui sous-traitent des intervalles pour des studios. Je souhaitais y revenir et en apprendre plus par la même occasion.

La sous-traitance, c’est l’opération par laquelle un entrepreneur confie, sous sa responsabilité et sous son contrôle, à une autre personne (sous-traitant) tout ou partie de l’exécution des tâches qui sont à sa charge. (Larousse)

La définition est un peu indigeste, mais dans notre cas, un studio va confier une partie de sa production à un studio subsidiaire ou de sous-traitance. Bien sûr, ce n’est pas uniquement des intervalles, et ce n’est pas seulement par des entreprises étrangères.

Au tout début de l’animation télévisée, les animateurs s’occupaient des poses-clés et des intervalles au sein même du studio de production. Comme les studios refusaient d’engager du personnels supplémentaires afin de produire 4 épisodes par mois en temps et en heure, de nombreux problèmes apparaissaient, dont la baisse des coûts de production et des tarifs des poses-clés et des intervalles. Les équipes travaillaient jusqu’à épuisement pour peu d’argent, et cela arrivait aussi bien au studio Mushi Pro, qu’à Tôei.

Selon l’animateur et l’illustrateur Moriyasu Taniguchi, présent à la Japan Expo 2009, « Lorsque Tetsuwan Atom a eu du succès, les autres studios ont voulu suivre l’exemple de Mushi Production, mais pour lutter ils ont commencé à faire du dumping sur les prix : ils ont dit qu’ils pouvaient faire la même chose, mais légèrement moins cher, et cela a conduit à une surenchère entres les studios, qui a amorcé les problèmes que nous connaissons actuellement. « 

De longues heures de travail pour un salaire de misère, à cela s’ajoute les productions toujours plus nombreuses suivant une même tendance, donc un manque de créativité. C’est pour ces raisons que des organisations syndicales se sont fait entendre à Tôei. Et déjà plusieurs futures grandes figures de l’animation comme Hayao Miyazaki, Isao Takahata et Yasuo Ôtsuka font la grève, en 1964. (Miyazaki devient le président de l’union syndicaliste après cette grève). Nous ne somme même pas encore en 1970 que l’industrie se barre déjà en vrille. Pour tenter de résoudre cette situation, Mushi Pro passait quelques commandes au Studio Zero (celui des mangaka du Tokiwasô) et à Ônishi Pro afin d’aider à finir des épisodes de Tetsuwan Atom (Astroboy).

tôei, la révolte

En 1971, la folie règne une nouvelle fois lorsque Tôei décide d’arrêter la production de long-métrage pour se concentrer exclusivement sur leurs séries. (Illustration de B.Roméo)

Plus tard, des animateurs de Mushi Pro et des vétérans de Tôei vont finir par fonder leur propre studio, dans le but d’aider les géants de l’industrie. De Mushi Pro apparaît Madhouse, Art Fresh et Groupe TAC. De Tôei ce sont les studios Children’s Corner, Topcraft, Hatena Pro, Neomedia et Nichidô Shin Pro. Et il y en a pour tout ! Si un studio souhaitait des directeurs d’épisode, il pouvait se tourner vers les studios Ajia-do, Junio ou bien Magic Bus. Pour la photographie : Gallop et Trans Art. Ou bien pour la finition : Studio Deen, Easy Film, Kyôto Animation, Shaft, ufotable. La liste est très longue ! En juin 2005, le nombre de studios au Japon s’élevait à 430, dont 264 étaient situés à Tôkyô. De nos jours, la production est amorcée par un sponsor qui s’occupe de trouver les différents studios de sous-traitance nécessaire à la réalisation d’un projet.

Une autre tendance avec de la sous-traitance à l’étranger, avec deux exemples. Le cas le plus connu concerne le studio Madhouse qui passe des commandes d’intervalles au studio coréen DR Movie, qu’ils ont fini par racheter en 2001. Mais ce procédé est de plus en plus courant, avec des studios en Chine et à Taïwan (Studio α, Wang Film Productions), dans les Philippines, et même en Jamaïque.

Un autre exemple serait un studio situé à l’étranger passant une commande au Japon. La palme revient au studio TMS Entertainment, qui a souvent animé pour les USA, avec des segments pour les Animaniacs, Tiny Toons (voir les codes de production en lien), Pinky and the Brain (Minus et Cortex), ou bien Batman TAS. Le comble, ils trouvaient le moyen de faire sous-traiter leurs épisodes ! On retrouve également les studios Junio et Sunrise sur Batman TAS.


Pour comprendre un peu plus, j’ai choisi de jeter un œil sur les différents studios ayant travaillé pour la série Môretsu Atarô, réalisée par Junichi Satô.

Moretsu Ataro

Au départ, Môretsu Atarô est un gag manga de Fujio Akatsuka, publié entre 1967 et 1970 dans le magazine Shônen Sunday. Il a été adapté une première fois par le studio Tôei Animation en 1969, puis une nouvelle fois en 1990.

On y suit les mésaventures du jeune Atarô, qui va reprendre la boutique de légumes de son père Batsugorô. Ce dernier va mourir stupidement, puis revenir à l’état de fantôme. Interviennent également le pseudo yakusa Dekopacchi, qui va devenir le meilleur ami d’Atarô. Et Nyorome, un chat errant qui parle. De temps en temps, des asticots font de la poésie.

Pour ma part, je regarde le remake. C’est fun, avec des plans soignés et haut en couleur. Et puis ça bouge beaucoup même dans des situations qui ne nécessitent pas toujours de mouvements, notamment avec l’ajout de situations burlesques en arrière plan. C’est visuellement bien foutu et il m’arrive rarement de m’en lasser. Coté mise en scène, le schéma est plus ou moins similaire d’un épisode à l’autre. À partir de l’épisode 22, chaque épisode est composé de 2 parties. Ce type de découpage était courant dans les gag anime depuis les années 1960. Il n’y a pas de lien apparent entre eux, ce sont des petites histoires simples nous amenant à rire, à pleurer ou à prendre en pitié les personnages récurrents. Les séries les plus connus dans ce genre là sont certainement Doraemon et Crayon Shin-chan, peut-être aussi Chibi Maruko-chan. D’ailleurs, les gag anime sont une mine d’or lorsque l’on étudie les studios de sous-traitance. Avec souvent 2 ou 3 animateurs par partie, cela permettait de comprendre les studios les plus prolifiques, possédant ou non une bonne maîtrise de l’animation ou un style reconnaissable, ou bien de faire débuter des jeunes animateurs tout en voyant pleinement leur travail.

En dehors du studio Tôei Animation, les crédits nous informent de la présence des studios Ad Cosmo, Kino Production, Studio Dabu et Musshu Onion, pour faire des poses-clés, des intervalles et la finition. On trouve aussi Mukuo Studio pour les décors. Des noms obscurs qu’on entend le plus souvent lors d’interviews présentant les débuts d’animateurs un minimum reconnus. Comme par exemple dans l’interview de Yutaka Nakamura disponible sur le site style.fm, il parle de ses débuts chez Ad Cosmo en tant qu’intervalliste pour Sakigake! Otoko-juku et Kariage-kun.

Yutaka NakamuraÔguro : Une fois sorti de l’école, tu t’es tourné vers quel studio ?
Nakamura : Il y avait Ad Cosmo, une boîte qui sous-traitait pour les studios Tôei et Sunrise. Je suis allé chez eux.
Ôguro : C’est à ce moment que tu as travaillé sur Saint Seiya et Hokuto no Ken ?
Nakamura : Oui. Mon supérieur faisait des poses-clés pour Hokuto no Ken, et aussi Sakigake! Otoko-juku. J’ai commencé avec des intervalles pour Otoko-juku. Mes premières poses-clés sur Kariage-kun.
Ôguro : Kariage-kun ?
Nakamura : Ouais, c’était bien plus fun.


Les informations sur ces studios sont minimes, parfois inexistantes…

Ad Cosmo – アド・コスモ

Fondé en janvier 1972 par Yoshiyuki Yamamoto, Ad Cosmo se compose de 2 studios. Le premier se situe à Tôkyô dans le quartier de Nakano. Le second à Sendai dans le département de Miyagi, et que l’on nomme Ad Cosmo Sendai アド・コスモ仙台. Ils s’occupent principallement des séquences d’animation (poses-clés et intervalles), ainsi que de la finition. Jusqu’en 1990, le studio avait aussi une branche réservée aux décors. D’ailleurs, Yoshiyuki Yamamoto s’occupait des décors pour des épisodes de The Kabocha Wine et pour la troisième série de GeGeGe no Kitaroh en 1985. En 2010, le studio change de nom pour Studio Cosmo.

Dans Môretsu Atarô, Ad Cosmo s’est occupé des poses-clés des épisodes 1, 6, 11, 16, 19, 23, 27 et 32. Ad Cosmo Sendai s’est occupé des intervalles et de la finition de ces mêmes épisodes.


Musshu Onion – ムッシュ・オニオン

Je n’ai pratiquement rien trouvé sur ce studio. Les animateurs et chara-designer Yoshihiko Umakoshi, Jun’ichi Hayama, Yukio Nishimoto et Tatsufumi Itô y ont débuté leur carrière.

Môretsu Atarô – Intervalles : 13, 21, 28, 33.


Kino Production – きのプロダクション

Kino Production

Premier studio spécialisé dans la sous-traitance. Fondé en juillet 1965 par Toshio Kinoshita, l’ancien directeur du département des intervalles du studio Tatsunoko Production. Kino Pro sous-traitait principallement pour le studio Mushi Production et Tatsunoko. Jusque dans les années 1970, ils ne s’occupaient que des poses-clés et des intervalles, mais ils finirent par faire de la finition et de la colorisation. Kino devient sponsor à partir des années 1980 et collabore essentiellement sur des films.

Môretsu Atarô – Poses-clés et Intervalles : 2, 7, 12, 17, 24, 29, 34.


Studio Dabu – スタジオダブ

Fondé en 1983 par Tadashi Hayata. (Il est possible que son prénom soit Masa ou Sei, mais je n’ai pas la lecture exacte). Il était animateur à Mushi Pro, avant de rejoindre l’équipe des animateurs du studio Sunrise en 1972. Malheureusement il a eu des problèmes de santé suite à la pression exercée par son travail. Studio Dabu s’occupe essentiellement des productions de Sunrise, Tôei et XEBEC. Leur particularité est d’aller vite… du coup l’animation varie beaucoup d’un épisode à l’autre.

Môretsu Atarô – Poses-clés : 5, 10, 15, 18, 22, 26, 31.


Sources

Raphaël Colson, Gaël Régner, Hayao Miyazaki. Cartographie d’un univers, Les moutons électriques, Lyon, 2010, p.18.
Tze Zu. Frames of anime: Culture and image-building, Hong Kong University Press, 2010, p.139.
http://www.inaglobal.fr/en/cinema/article/studio-ghibli-new-force-animation
http://www.jetro.go.jp/en/reports/market/pdf/2005_35_r.pdf
http://www.style.fm/as/01_talk/n_yutaka01.shtml
http://bigstory.ap.org/article/jamaica-trying-become-animation-industry-hub
http://www2.cruzio.com/~keeper/AHEM.txt
http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Tiny_Toon_Adventures_episodes
http://www18.atwiki.jp/sakuga/pages/252.html
http://gemini.neetwork.net/2015/01/28/rencontre-avec-moriyasu-taniguchi/