tokiwa-so

Studio Zero : Les mangakas du Tokiwa-sô

Fondé en 1963 par les résidents mangakas du Tokiwa-sô, Studio Zero est une société de production d’animation dirigée par Shin’ichi Suzuki. C’est en étroite collaboration avec les studios Tôkyô Movie, Mushi Production et Tôei Dôga, que les séries Perman et Sabu to Ichi Torimono Hikae virent le jour. Malgré une époque florissante en matière d’élaboration des techniques d’animation, notamment orchestrée par Osamu Tezuka, Studio Zero fut dissous en 1971. Elle n’est désormais qu’une petite entreprise où Suzuki continue de s’occuper des droits des anciennes productions, ainsi que des travaux publicitaires et indépendants.

Studio Zero

Suicide Club Inc.

Tokiwa-sô

Ce bâtiment de bois construit sur deux étages était situé dans l’arrondissement de Toshima à Tôkyô. Il était l’un des rare bâtiment à tenir debout après les bombardements de la seconde guerre. Composé d’une dizaine de chambres de 4 tatamis et demi, le Tokiwa-sô est connu pour ses nombreux mangakas qui y ont résidé entre le milieu des années 1950 et le début des années 1960. Parmi lesquels, Osamu Tezuka, Shôtarô Ishinomori (1956 à 1961), Fujio Akatsuka (1954 à 1961), Fujiko Fujio (1954 à 1961), Jirô Tsunoda, Hirô Terada (1953 à 1957), Shin’ichi Suzuki (1955 à 1956), Naoya Moriyasu (1956 à 1957), Hideko Mizuno et Takuo Yokota (1958 à 1961). Il été aussi appelé Manga-sô pour cette raison.

Quand Tezuka a déménagé à Tôkyô en 1952, il résidait au 2e étage d’une épicerie située dans le quartier de Yotsuya. Le propriétaire de l’épicerie a fini par se plaindre car l’éditeur venait jour et nuit. C’est pourquoi Tezuka a été invité à rejoindre le Tokiwa-sô par Hiroyasu Katô, second fils de Ken’ichi Katô, éditeur en chef du magazine Manga Shônen.

Tezuka a commencé à y vivre en 1953. Puis Hirô Terada le rejoint le 31 décembre de la même année, il avait 22 ans. Terada a fait ses débuts un mois plus tôt avec le manga Chakkari-kun, publié dans le magazine Manga Shônen. Terada se charge ensuite du courrier des lecteurs du magazine. Il deviendra populaire avec Sebangô 0 et Sportsman Kintarô, des mangas de baseball.

En octobre 1954, Tezuka déménage dans un nouvel appartement à Zôshigaya. Arrive ensuite Motô Abiko et Hiroshi Fujimoto, le duo d’auteurs connus sous le nom de Fujiko Fujio. Ils se connaissent depuis la dernière année d’école primaire. Depuis lors, ils dessinent du manga ensemble, ils sont montés à Tôkyô et vivent ensemble. Avec Terada, ils invitent de nombreux auteurs à venir les rejoindre, par le biais du courrier des lecteurs.

On pouvait parler librement des mangas au Tokiwa-sô, s’échanger des informations et faire des recherches. Parmi eux se trouvait Jirô Tsunoda, bien qu’il vivait à Nishi-shinjuku. Sous la tutelle du mangaka pour enfants Keizô Shimada (celui-là même qui a dit à Tezuka que si un manga comme Shin Takarajima devenait populaire, alors le manga serait une hérésie), son premier manga, Shin Momotarô, est publié en mars 1955. Tsunoda avait 19 ans. Comme il était très ami avec les Fujiko, il allait chaque jour au Tokiwa-sô. L’année suivante, il dessine Karate Baka Ichidai, un manga biographique sur le karateka Ôyama Masutatsu. L’histoire est d’Ikki Kajiwara, scénariste d’Ashita no Joe et de Tiger Mask. Il dessine ensuite quelques mangas avec des fantômes, tels Kyôfu Shinbun (Le journal de l’angoisse) et Ushiro no Hyakutarô.

Sous l’égide de Terada, les jeunes auteurs se réunissent et fondent le Parti des Mangas Modernes. La cotisation mensuelle était de 100 yens. Ils publiaient chaque mois dans Manga Shônen. Lorsqu’un auteur déménageait, Terada et les Fujiko le faisait savoir dans le courrier des lecteurs. Isuke Nakamura a fait venir Shin’ichi Suzuki de Nagasaki. Il a reçu un appel de Terada et a emménagé au Tokiwa-sô en février 1955. Suzuki est né en 1933, il est de la même génération que Fujiko. Durant la journée, il travaillait dans une entreprise de design, et passait ses soirées à dessiner du manga. Sa première publication était Ijiwaru Monyoshi, en septembre 1955.

À la surprise générale, Shôtarô Ishinomori publie Ni-kyû Tenshi alors qu’il n’est encore qu’en deuxième année de lycée. Il monte à Tôkyô en février 1956 après avoir obtenu son diplôme, puis emménage au Tokiwa-sô en mai. Plus tard il publie Cyborg 009 et lance le boom du henshin (transmutation) avec Kamen Rider.

À partir de là, les membres du Parti se multiplient, et on voit apparaître la seconde génération de mangakas du Tokiwa-sô. Parmi lesquels, Hirô Terada, Fujiko Fujio, Suzuki Shin’ichi, Shôtarô Ishinomori, Jiro Tsunoda, Shunji Sonoyama et Fujio Akatsuka.

Akatsuka vient de Niigata. Il rencontre Ishinomori quand ce dernier a donné une session d’autographe pour son dôjinshi Bokujû Itteki (Une goûte d’encre de Chine) quand il était au lycée. Akatsuka travaillait dans une centrale à Edogawa. Il dessinait du manga sur son temps libre quand il a emménagé à Tôkyô. Il a envoyé un manuscrit à Manga Shônen et s’est vu publier son histoire courte Kotsuzumi Toringo dans l’édition spéciale Été du magazine. Plus tard, il enflamme le Japon avec Himitsu no Akko-chan et le gag manga Tensai Bakabon.

Isuke Nakamura disait à Suzuki qu’il pouvait lui présenter Ryôichi Yokoyama si il était intéressé par l’animation. Il a alors passé un entretien au studio Otogi Pro. Yokoyama a fondé ce studio dans sa propre demeure à Kamakura. Afin de produire de l’animation, il a commencé à monter une équipe. C’est pourquoi Suzuki a déménagé à Kamakura en mai 1956. Par ailleurs, à cette époque on disait manga eiga (film manga) et non anime.

Tout le monde allait voir des films, parlait d’avenir et de leurs tracas, ils s’entraidaient quand il y avait beaucoup de travail. Le Tokiwa-sô était comme un dortoir pour jeunes apprentis mangakas. Il y avait de plus en plus de projets. Terada était très occupé suite au succès du manga Sebangô 0, alors il emménage en juin 1957. La jeune Hideko Mizuno séjourne au Tokiwa-sô de mars à octobre 1958 pour travailler en collaboration avec Ishinomori et Akatsuka. Akatsuka publie Osomatsu-kun dans le magazine Shônen Sunday, là encore un gros succès. Comme il fallait engager plus de personnels, beaucoup d’entre eux déménagèrent dans un appartement plus grand, au Shiun-sô. C’était le 8 juillet 1960. En octobre 1961, Fujiko Fujio achètent une maison à Ikuta dans la ville de Kawasaki. Il y avait de moins en moins de monde au Tokiwa-sô. Ce sera au tour d’Ishinomori en décembre 1961. Le Tokiwa-sô était délabré et commençait à tomber en morceaux, il est finalement démoli en 1982.


Source

Ikuya Kômori, Shin’ichi Suzuki, Zero no shôzô – Tokiwa-sô kara umareta anime kaisha no monogatari ゼロの肖像 「トキワ荘」から生まれたアニメ会社の物語 [Le portrait des Zéros : Chroniques d’un studio d’animation issue du Tokiwa-sô], Kôdansha, 2012, 190p.

Publicités